Sept syndicats du service départemental d’incendie et de secours du Nord, dont le représentant de la CFDT de la caserne de Maubeuge, sont poursuivis en justice par leur direction. Elle leur reproche d’avoir garni les véhicules d’urgence de messages et autres banderoles revendicatives lors de leur mouvement social.

«  Dans l’histoire du SDIS c’est une première, on n’a jamais vu ça  », lance un ancien responsable syndical d’une caserne sambrienne. Les pompiers parlent de «  honte  » et de durcissement du conflit social, le conseil départemental, lui, veut juste faire respecter la loi. Raison pour laquelle la direction du service d’incendie et de secours a assigné en référé sept syndicats devant le tribunal de grande instance de Lille. «  J’ai été notifié par un courrier d’huissier, l’audience devrait avoir lieu mardi  », révèle Jérôme Jouravel, pompier à Maubeuge et responsable de la CFDT, l’une des organisations syndicales visées par l’assignation.

Infraction pénale

On le sait depuis de longs mois, les pompiers du Nord ont entamé un mouvement social pour dénoncer leurs conditions de travail et le manque d’effectifs. Dans le cadre de cette grogne, des banderoles et des messages de revendications ont été placés sur les fourgons d’incendie ou des ambulances. Une manœuvre que le SDIS ne digère pas.

« De nature à perturber la paix publique »

La hiérarchie avait déjà mis en demeure les syndicats. Cette fois, elle passe à la vitesse supérieure. «  Les textes reproduits sur les véhicules de fonction et les murs des casernes, et relayés sur internet, sont anxiogènes et de nature à perturber la paix publique, spécifiquement dans le contexte actuel  », est-il écrit dans l’assignation que nous avons pu consulter. Les syndicats avaient inscrit la mention « en grève » sur certains véhicules. «  Ces mentions suggèrent que les sapeurs-pompiers seraient susceptibles de ne pas accomplir leurs missions habituelles alors qu’en tout état de cause, leur capacité opérationnelle est maintenue, au besoin par réquisition.  »

Enfin l’avocat du SDIS rappelle que le fait d’inscrire des slogans ou des tags sur des véhicules constitue une infraction pénale pouvant être punie de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende. Voilà les raisons qui ont conduit à cette action en justice.

Jérôme Jouravel accuse le coup. «  Nous n’avons pas le droit de grève, et ces moyens sont les seuls que nous pouvons utiliser pour alerter la population, alors qu’à Maubeuge dès l’année prochaine, on devrait avoir encore moins d’effectifs, les temps d’intervention risquent d’être plus long  », dit-il. Le leader de la CFDT attend de voir maintenant l’issue de l’audience mardi, si cette dernière est maintenue.