SAINT-DENIS. Le nouveau colonel du SDIS a été entendu par les policiers hier matin dans le cadre d’une plainte d’un sergent-chef qui estime que l’an dernier un avancement lui a été refusé par discrimination.

Directeur du SDIS 974, le colonel Hervé Berthouin n’a guère eu l’occasion d’étrenner ses nouveaux galons dans les cérémonies. Et, hier matin, ce n’est pas à une sortie protocolaire qu’il était invité mais à une convocation de la sûreté départementale dans le cadre d’une enquête préliminaire pour des pratiques de discriminations au sein de l’institution qu’il dirige depuis juillet. Un rendez-vous qui lui donne un peu plus la mesure de la tâche qu’il l’attend ; lui qui ambitionne de «faire table rase du passé» au sein du Sdis marqué par les rivalités, les embrouilles administratives et autres turpitudes politiques. Convoqué comme témoin, venu avec son DRH et une juriste, le colonel a donc été entendu par les policiers en tant que responsable de la personne morale qu’est le Sdis. Au menu de cette audition : la plainte de trois sapeurs-pompiers qui vise le système d’avancement des sapeurs-pompiers (lire le JIR du 22 juin dernier).

À l’origine de cette procédure, le sergent-chef Christophe Pelerin qui a eu le courage de dénoncer « des règles taillées sur mesure par les syndicalistes, afin de correspondre à leurs propres critères ». En décembre 2015, le sousofficier n’avait pas obtenu en commission administrative paritaire sa promotion au grade d’adjudant malgré ses vingt ans de service, de bonnes notations et une spécialité technique au sein du Grimp (groupe de reconnaissance et d’intervention en milieu périlleux).

Dans sa plainte, le sergent-chef Pelerin dénonce le changement de règles d’avancement instauré en 2015 favorisant les sapeurs-pompiers ayant effectué toute leur carrière à la Réunion. Autre critère discriminatoire, selon lui, le lieu de résidence, l’âge, et l’état de santé. Les spécialités et l’investissement dans le travail ne sont jamais pris en compte, déplore-t-il. En revanche, d’autres critères comme la participation à des activités privées ou associations donnent des points : participation au cross départementale ou à la formation des jeunes pompiers. Ce qui explique au final que, selon Me Maillot, avocat du sergent-chef Pelerin, des pompiers ayant moins d’ancienneté que son client, mais tous les deux syndicalistes, soient promus adjudant.

LE SDIS DÉJÀ ÉPINGLÉ POUR CAMOUFLAGE DE DOCUMENTS

Interrogé par le JIR sur ce dossier Michel Mani, président du syndicat autonome du personnel du SDIS 974 avait été très explicite au sujet des mutations : «On ne veut pas qu’un pompier qui n’est pas né à la Réunion vienne occuper un poste ici à leur place. On a assez de pompiers ici». Les policiers en charge de cette plainte ont voulu, hier, comprendre le système d’avancement mis en place en 2015 mais aussi le rôle joué aussi bien par la direction du Sdis que par le conseil d’administration dans lequel siègent les élus, et les syndicats.

Par ailleurs l’avocat du sergent- chef Pelerin, Me Jérôme Maillot, a attaqué le Sdis devant le tribunal administratif. D’abord sur la communication de documents liés à l’avancement. Le 29 décembre dernier, les juges administratifs ont enjoint le Sdis de communiquer les procès-verbaux des commissions administratives paritaires « après avoir occulté les éléments qui portent une appréciation ou un jugement de valeur sur une personne physique nommément désignée ou facilement identifiable ». Un camouflet pour le Sdis qui se voit reproché d’avoir camouflé des pièces communicables à tous les agents concernés.

Ensuite sur les résultats du tableau d’avancement au grade d’adjudant des sapeurs- pompiers du 4 mai 2016 en considérant que, sans discrimination, il aurait compté le double de points. Selon Me Maillot, qui a relevé une série d’aberrations dans la notation de son client, « les recrutements et refus de recrutements prononcés sur de telles bases sont illégaux ». Le recours doit être examiné dans les prochaines semaines.

Jérôme Talpin et Éric Lainé