Des milliers de soldats du feu venus de toute la France ont manifesté ce mardi dans la capitale pour dénoncer le manque d'effectifs et de moyens alors que le nombre d'interventions augmente.

Sirènes, fumigènes et pétards. Ce mardi, l’atmosphère place la République à Paris est bruyante. Les sapeurs pompiers professionnels qui manifestent veulent avoir un écho dans toute la capitale. A l’appel de sept syndicats, ces agents des services départementaux d’incendie et de secours sont venus de toute la France pour battre le pavé jusqu’à la place de la Nation. Ces 4 000 pompiers relevant de la fonction publique territoriale protestent contre le manque d’effectifs et les baisses de budget, alors que le nombre d’interventions grimpe en flèche. Témoignages.

«Je suis inquiet pour la fonction publique»

Kévin, 39 ans, est pompier depuis vingt ans dans une caserne de la Moselle. Il est membre de la CFDT.

«En vingt ans, j’ai vu les conditions de travail se détériorer à cause d’un manque de recrutement, et une augmentation de la charge opérationnelle. Le déficit d’embauches de pompiers professionnels a une influence sur la qualité du service rendu. Non pas que les volontaires fassent un mauvais travail, bien au contraire. Mais ce système du volontariat s’essouffle dans la mesure où il est de plus en plus difficile de concilier deux emplois alors qu’on demande à ces personnes de faire la même chose qu’un professionnel. Le système ne peut pas perdurer car il y a une fuite du volontariat.

«Cette question d’effectifs est justement le cœur de notre manifestation. Dans un centre de secours de Metz, il y avait 43 personnes de garde par jour en 2002 pour 12 000 interventions. Aujourd’hui, ce sont 33 personnes pour 17 000 interventions. Où sont les dix autres ? Cela a un impact dramatique sur notre quotidien car pour faire partir un fourgon, il faut parfois faire appel à deux autres centres de secours afin de compléter un véhicule qui compte six places. On perd un temps précieux par manque de moyens.

«En plus, on précarise l’emploi en privilégiant les services civiques et les emplois d’avenir qui n’ont que trois semaines de formation. Ce sont des jeunes que l’on utilise avec des demi-salaires. C’est lamentable ! Et je suis encore plus en colère quand je vois qu’un candidat (François Fillon) annonce qu’il va supprimer 500 000 fonctionnaires. Nous, pompiers, on ne peut pas se sentir bien. Et je pense aussi à nos collègues des hôpitaux et tous ceux du service public. Je suis inquiet pour la fonction publique avec cette droite qui s’est droitisée.»

«Nous sommes au cœur de la détresse sociale»

Mathieu, 34 ans, est pompier depuis quinze ans dans une caserne d’Ille-et-Vilaine. Il est membre de la CGT.

«Il y a de plus en plus de pression et de tension dans les casernes car les pompiers sont de plus en plus mobilisés. Nous sommes au cœur de la détresse sociale puisque cela représente 80% de nos interventions. Nous sommes le baromètre de la misère sociale en France, et il n’est pas bon. Ce sont des problèmes qui dépassent le seul cas des pompiers. Mais cette déchéance, nous sommes les premiers à la voir. Quand une société va bien, les interventions des pompiers n’augmentent pas. Et c’est tout l’inverse qui se passe.

«Nous nous battons aujourd’hui pour dénoncer la dégradation du service public car à force de faire des efforts comme la diminution des effectifs de nuit, notre service de secours est en danger.»

«En colère contre nos élus»

Christophe, 40 ans, occupe un poste administratif au SDIS du Nord-Pas-de-Calais depuis treize ans. Il est membre de la CFTC.

«Le budget des SDIS devient de plus en plus la variable d’ajustement des politiques. Nous ne demandons pas une augmentation des salaires mais davantage de moyens pour assurer la sécurité des citoyens.

«Je suis en colère contre nos élus qui viennent aux cérémonies pour bénéficier du capital sympathie des pompiers mais qui rechignent à financer une simple échelle.

«Depuis deux, trois ans, les départements coupent les budgets des Sdis alors que dans de nombreux endroits nous sommes le dernier service public de proximité. L’Etat a décidé de diminuer les dotations accordées aux collectivités territoriales et cela nous impact directement ! Il faut savoir que nous sommes au quotidien avec les personnes qui souffrent. Les politiques, eux, ne le sont pas ! Le service public ça se finance et c’est ce qu’on veut rappeler aux différents candidats à l’élection présidentielle.»

«Les burn-out deviennent monnaie courante»

Olivier, 49 ans, est pompier depuis vingt-six ans dans une caserne de la Nièvre. Il est membre du syndicat Solidaires.

«Avant, il y avait quatre pompiers dans chaque ambulance, maintenant c’est trois et bientôt ça va être deux.  Nous avons à nous déplacer de plus en plus pour des interventions non urgentes. Ça tire sur le personnel !

«Récemment, il y a aussi eu la "directive attentat" qui nous oblige à acheter des gilets pare-balles et des casques antibalistiques. Ce sont des dépenses en plus que les départements ont du mal à supporter. En plus de cela, nous avons été exclus du pacte de sécurité. C’est injuste et absurde car nous avons été en première ligne pendant les attentats. [Ce pacte de sécurité promulgué après les attentats du 13 Novembre prévoyait la création de 5 000 postes pour la sécurité et la justice avant 2017, ndlr]

«Il y a aussi un problème de management, avec des directeurs qui manquent de communication. Les dépressions, les burn-out deviennent monnaie courante chez les pompiers. Un membre de mon équipe, qui a 52 ans a craqué et il ne dort plus. Jamais j’aurais pu penser que cela puisse lui arriver car il n’a jamais eu de problème avant. On craque tous… On ne prend pas en compte les gens sur le terrain. C’est la dictature du budget alors que notre métier ne doit pas être lié à des questions de chiffres.

«Avec tout ça, quand j’entends Fillon qui veut supprimer 500 000 postes de fonctionnaires et Macron qui veut augmenter l’âge de départ à la retraite, ça me met en colère. Je ne sais même pas pour qui je vais voter…»

«Parfois 25 interventions en vingt-quatre heures»

Guillaume, 35 ans, est pompier depuis quatorze ans dans une caserne de la Drôme. Il est membre de la Fédération Autonome.

«Le déroulé de carrière devient extrêmement difficile, avec des points de passage et des concours (pour évoluer en grades) qui sont bloqués, car il y a peu de places. La faute à une réforme de la filière sapeur-pompier en 2012, qui prévoit qu’une personne qui ne monte pas en grade avant 2019 doit redescendre. Tout le monde veut donc passer à un grade supérieur pour ne pas perdre son pouvoir d’achat. C’est une situation ridicule. Pour la reconnaissance et la motivation des pompiers, ce n’est pas terrible.

«Une autre chose me semble complètement injuste et absurde : en tant que fonctionnaires territoriaux, notre métier n’est pas reconnu comme étant "à risque", donc on "surcotise" pour pouvoir partir à la retraite un peu plus tôt que les autres, soit à 57 ans. Ce dispositif devait pourtant s’arrêter en 2003. Avec tout cet argent, nous pourrions embaucher des pompiers supplémentaires !

Quand on travaille vingt-quatre heures d’affilée payées dix-sept, cela a aussi un impact sur la santé. Les pompiers meurent plus tôt avec notamment des cancers dus à des fumées toxiques. Nous sommes exposés à des maladies professionnelles, du stress constamment. Parfois, nous faisons 25 interventions en vingt-quatre heures !»

«Ce qui nous sauve, c’est que nous aimons notre métier»

François, 38 ans, est pompier depuis quatorze ans dans une caserne des Pyrénées-Atlantiques. Il est membre de l’Unsa.

«C’est une profession appréciée par les populations mais qui n’est pas reconnue. Nous ne sommes que 41 000 sapeurs-pompiers professionnels en France. Aucun homme politique ne s’intéresse à nous !

«En plus, les départements essayent de remplacer les professionnels par des volontaires qui sont en fait des intérimaires du secours. Ils n’ont pas le même nombre d’heures de formation. Cela coûte moins cher de faire appel à eux, mais ils ne sont pas bénévoles pour autant.

«A Pau, le nombre d’interventions a considérablement augmenté et les effectifs ont même un peu diminué : dans les années 80, ils étaient 30 à être de garde pour 5 000 interventions. Nous sommes aujourd’hui 25 pour 11 000 interventions. Cette pression constante entraîne des suicides qui sont cachés par la hiérarchie. Il n’y a aucun suivi psychologique dans notre profession.

«Ce qui nous sauve, pour certains, c’est l’ambiance dans les casernes, le cadre de vie de la région dans laquelle nous travaillons et surtout le fait que nous aimons notre métier. Mais nous manquons de moyens pour le mener à bien.»

Tom Rossi photo Martin Colombet HansLucas pour Libération         

LE PLUS. Sept syndicats de sapeurs-pompiers ont appelé à faire grève et à manifester à Paris ce mardi 14 mars. Ils dénoncent notamment une baisse des effectifs et des budgets qui leurs sont alloués. Témoignage de l'un deux, Thierry Foltier, également représentant de la fédération CFDT-Interco Sapeurs-pompiers.

Sapeur-pompier depuis 1981, à Paris puis dans le Cher, je manifeste ce jour pour dénoncer nos conditions de travail, qui ne cessent de se dégrader.

Au quotidien, travailler décemment devient de plus en plus difficile. Nous nous demandons si les élus ont conscience de la tournure des événements. Nous ne subissons pas encore des burn-outs généralisés, comme dans les hôpitaux par exemple, mais de plus en plus de collègues craquent. Si cela continue, nous ne pourrons bientôt plus assurer nos missions.

Une baisse à la fois des budgets et des effectifs

Depuis le 12 décembre 2016, nous nous sommes réunis en intersyndicale pour recenser toutes les difficultés. Le constat est unanime : avec les politiques d’austérité, nous n’avons plus de réelles garanties de financement des services départementaux d’incendie et secours (SDIS). Les budgets alloués à ces derniers proviennent majoritairement des conseils départementaux, des intercommunalité et des communes. Or nous subissons, depuis les élections cantonales, à la fois une baisse des financements et des effectifs.

En parallèle, nous constatons une nette augmentation des interventions, ainsi qu’un vieillissement des matériels et une mutualisation de services dans de nombreux départements. Conséquences : des postes sont supprimés et départs à la retraite non remplacés. 

Dans mon département, nous avons eu dans un premier temps neuf postes gelés suite à des mouvements locaux. Seuls cinq ont été réouverts depuis.

Nous avons par ailleurs perdu pas mal de pompiers volontaires. Aujourd’hui, on les sollicite un peu plus, mais eux aussi commencent à en avoir marre. Les jeunes restent un an ou deux et partent quand ils trouvent un autre travail.

Tous ces éléments font que souffrons aujourd’hui d'un profond manque de reconnaissance et que nous ne sommes plus en mesure d’intervenir de manière efficace.

Des interventions qui se font dans l'insécurité

Il n’est pas rare, désormais, de voir des fourgons d’incendie partir avec quatre personnes à bord, alors que le mode opératoire que nous devons respecter nous impose d’être six. Lors d’un incendie, l’équipe doit en effet être composée d’un conducteur, d’un chef d’agrès et de deux binômes. Lorsqu’un binôme s’engage dans un appartement en feu, nous devons ainsi systématiquement disposer de ce que nous appelons un "binôme de sécurité", capable de prendre la relève. 

Or aujourd’hui, quand vous partez à quatre, il n’y a plus de binôme de sécurité pour le seconder si besoin. Cela peut, en conséquence, occasionner une mise en danger, à la fois pour les personnes secourues et les pompiers. Des collègues se sont déjà vraiment sentis en insécurité et partent presque la peur au ventre quand l’engin n’est pas complet.

Des permanences de 24 heures payées 16 heures

Nous travaillons de nuit, le week-end, les jours fériés, dans des conditions déjà pas évidentes. À titre d’exemple, nous pouvons être à disposition de notre employeur pendant 24 heures continues mais n’être payés que 16-18 heures en fonction des départements. De ce point de vue-là, c’est l’anarchie.

Une journée type commence pour nous à 7h. Jusqu’à 8h, nous vérifions le matériel, puis de 8h à 9h30, nous faisons du sport obligatoire. Nous reprenons à 10h avec la manœuvre de la garde : nous répétons les gestes de secourisme, de sauvetage… À 14h, nous réalisons des rapports et des tâches au niveau des casernes, et ce jusqu’à 17h30.

À 17h30 débute notre deuxième journée : nous assurons alors des interventions jusqu’au lendemain matin. Même si chaque permanence de 24 heures est suivie d’un repos équivalent, nous dépassons souvent largement les 2256 heures réglementaires de travail par an.

Aujourd’hui, nous demandons simplement les moyens, humains et financiers, d’assurer nos missions correctement.

Par 
Sapeur-pompier

 

Les 7 organisations syndicales se félicitent solidairement de la mobilisation des agents, de la tenue et de l’organisation globale de la manifestation du 14 mars.

Il faut souligner que la dernière mobilisation syndicale de cette ampleur remonte au début des années 90.

Ce sont plus de 5000 agents qui étaient réunis.

Nous ne pouvons en revanche qu’être consternés par l’absence de réponses concrètes, et même symboliques de nos interlocuteurs :

  • Aucune marque de reconnaissance n’a été mise sur la table.
  • Aucune annonce sur les sujets de notre plateforme revendicative.

Nous avons été écoutés mais certainement pas entendus.

Nous considérons que le gouvernement n’a pas pris la mesure du mécontentement.

L’intersyndicale ne peut se contenter des explications de ses interlocuteurs prétextant la complexité des problèmes.

Elle agira concrètement pour continuer à porter ses légitimes revendications.

Merci à tous les manifestants et aux grévistes d’avoir contribué à la réussite de cette journée.

Ils dénoncent une baisse des effectifs et pointent la dégradation de leurs conditions de travail…

Les pompiers professionnels tirent la sonnette d’alarme. Ils étaient entre 2.000 et 4.000 à défiler, hier à Paris, à l’appel de sept organisations syndicales sur les huit que compte la profession. « Nous sommes de plus en plus sollicités alors que nous disposons de moins en moins de personnels et de matériel », résume Jonathan, qui exerce dans le Nord depuis une quinzaine d’années. « C’est un travail que nous avons choisi mais qui est de plus compliqué à exercer », assure-t-il à 20 Minutes, tandis que ses collègues, fumigènes à la main, prennent la direction de la place de la Bastille dans un bruit assourdissant de pétards qui explosent. « Nous en avons ras le bol. »

>> Les faits: Sept syndicats appellent à manifester

Les pompiers des Services départementaux d’incendie et de secours (Sdis) pointent la diminution de la contribution de l’Etat aux collectivités territoriales qui répercutent cette baisse sur les services d’incendie et de secours. « Les budgets fondent, et les effectifs aussi », assure Jérôme François, secrétaire général de l’Unsa Sdis, en charge de la communication. « L’Etat peut essayer de faire croire que le service sera le même, mais ce n’est pas vrai », ajoute Sébastien Delavoux, de la CGT des Sdis qui dénonce « un tassement des recrutements de pompiers professionnels ».

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— Thibaut Chevillard (@TiboChevillard) 14 mars 2017

Il y avait, en 2015, 246.900 sapeurs-pompiers, selon chiffres communiqués par la Fédération nationale des sapeurs-pompiers. Parmi eux, 41.000 professionnels. Un chiffre quasiment stable depuis 2010. Entre-temps, le nombre d’événements sur lesquels ils sont intervenus a augmenté de 5,8 %, selon le ministère de l’Intérieur. « Les sapeurs-pompiers professionnels sont fatigués ! Ils sont de plus en plus nombreux à souffrir de burn-out”, poursuit Jonathan, le nordiste. Et d’ajouter : « Tout ça a un impact sur nos vies de famille. »

Des pompiers de plus en plus âgés

Conséquence du ralentissement des recrutements, la moyenne d’âge des pompiers professionnels augmente, remarque René Chabbouh, porte-parole du syndicat Lien : Sud Sdis National et pompier depuis 27 ans. « Pourtant, c’est un métier où il y a de nombreux risques physiques, notamment lorsqu’on travaille la nuit”, note Frédéric, 38 ans, venu tout spécialement de Lyon pour exprimer son « inquiétude ». « Plus on avance dans l’âge, moins on récupère facilement », note pour sa part Vincent, qui exerce depuis 13 ans en Bretagne.

 

Selon plusieurs manifestants, les pompiers volontaires remplacent de plus en plus souvent leurs collègues professionnels. « Ça coûte moins cher », souffle Frédéric. « Ils ne doivent pas jouer le rôle de variable d’ajustement, compenser l’absence de recrutement de pompiers professionnels », estime René Chabbouh. « Quand ils sont d’astreintes, ils attendent les alertes depuis chez eux. Par conséquent, ils mettent plus de temps pour intervenir sur un incendie. Ce qui laisse le temps au feu de se développer. »

« 30 minutes pour arriver sur les lieux »

Le recours aux pompiers volontaires impacte donc « la rapidité et la qualité des secours », remarque Frédéric. Vincent, le Breton, témoigne, une bière à la main : « L’autre jour, nous sommes intervenus sur un feu de maison dans une ville située à plusieurs kilomètres. Nous avons mis trente minutes pour arriver sur les lieux. Heureusement, il n’y a pas eu de conséquences. » Pourquoi un délai si long ? « Comme c’est arrivé un jour de semaine, peu de volontaires étaient mobilisables. Forcément, les gens travaillent. »

Thibaut Chevillard

En tenue, des pompiers des services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) se sont réunis mardi 14 mars à partir de 13 h 30 place de la République à Paris. Ils ont protesté « contre la baisse des effectifs », « la précarisation », et pour réclamer « une meilleure reconnaissance ».

« Ras-le-bol »

« Le ras-le-bol est général. On nous demande de faire de plus en plus de missions, avec de moins en moins de moyens », a expliqué à l’AFP André Goretti, président de la Fédération autonome sapeurs-pompiers professionnels-personnels administratifs et techniques (FASPP-PATS), première organisation syndicale du secteur.

« Actuellement, nous constatons une augmentation des interventions, le vieillissement des matériels et une baisse des effectifs ne nous permettant plus de garantir la qualité de votre service public de secours ce qui conduit notamment au rallongement des délais d’intervention des sapeurs-pompiers », ont dénoncé les syndicats dans un communiqué commun.

Brandissant des banderoles « Sapeurs Pompiers Précarisés », « Maintien de tous les services sur tous les postes » ou encore « Pompiers en colère, citoyens solidaires », les 2 300 à 2 500 manifestants (source : préfecture de police) se sont ensuite dirigés vers la place de la Nation.

Trente-deux propositions

En fin d’après-midi, des représentants des sept syndicats ont été reçus au ministère de l’intérieur. « Le gouvernement ne s’intéresse pas à ses pompiers. On avait des propositions claires et nettes, mais le gouvernement n’a pas fait un geste pour nous », a expliqué Serge Hérard, qui faisait partie de la délégation reçue place Beauvau. Le syndicaliste a expliqué que les sapeurs-pompiers allaient « réfléchir à de nouveaux moyens d’action » pour poursuivre le mouvement.

A la fin de février, ils avaient présenté « 32 propositions d’actions concrètes » à l’intention des candidats à l’élection présidentielle « pour garantir la protection de tous les Français », dans un contexte de risque accru d’attentats.

Ce mardi, les pompiers professionnels sont appelés à manifester contre les baisses d'effectifs et de moyens. Rémy Chabbouh, secrétaire du syndicat Sud dans les Bouches-du-Rhône et sapeur-pompier depuis 27 ans, témoigne.

Nous dénonçons aujourd'hui un état d'urgence, devenu permanent, de plus en plus contraignant pour les sapeurs-pompiers puisqu'il s'accompagne, en parallèle, de diminutions dans les effectifs des casernes et d'une réduction des budgets. Avec cet état d'urgence, nous sommes plus sollicités qu'auparavant. Pour autant, les 3,5 millions d'interventions courantes que nous menons chaque année sur le territoire français -soit une intervention toutes les sept secondes- n'ont pas diminué. Au contraire, elles augmentent et se font désormais en étant équipés d'un gilet pare-balle et d'un casque lourd. 

"En deuxième ligne lors d'attentat"

Lorsque je suis devenu sapeur-pompier, ce n'était pas pour faire du maintien d'ordre. Pourtant, nous sommes aujourd'hui attendus pour extraire les victimes en cas d'attentat, sur un terrain encore dangereux au moment de l'intervention. A l'Hypercacher par exemple, les pompiers étaient en deuxième ligne, juste derrière les policiers. Il y a réellement un ras-le-bol dans les rangs. L'esprit de corps permet de mieux le supporter, mais ne permet pas d'éviter la fatigue et le stress.

Les exercices et les formations liés à la mise en place des nouvelles procédures et des nouveaux équipements sont autant de temps pris sur les services de secours et d'incendie. Or, ces services ne peuvent pas être gérés comme on le ferait dans une entreprise à partir du moment où des vies sont en jeu. 

"Des pompiers de plus en plus âgés"

Les recrutements sont de plus en plus rares et la moyenne d'âge -dans cette profession où la bonne condition physique et mentale est impérative- a largement augmenté. Dans le Rhône, elle est passée de 35 ans à 42 ans en seulement cinq ans. Et là où une ambulance intervenait avec quatre personnes autrefois, elle le fait désormais avec trois. Même le brancardage, dont l'équipement est fait pour être porté de quatre côtés, donc par quatre sapeurs-pompiers, devient difficile. Ce n'est pas sans conséquence.

Lorsqu'un camion arrive sur un site, l'important n'est pas seulement sa présence: il faut avoir les bons équipements, ainsi qu'une équipe suffisante en nombre, bien formée, et qui arrive dans les délais. Or, avec les fermetures de casernes et le matériel parfois trop ancien, les délais d'intervention peuvent être incompatibles avec les chances de mener à bien nos missions. Les véhicules de secours qui interviennent en 18 minutes en milieu rural, contre 10 pour la moyenne nationale, peuvent même avoir une influence de survie d'un accidenté… L'issue peut être tragique. 

"Des collègues accueillis avec des armes"

Enfin, la hausse exponentielle des agressions et incivilités subies par les sapeurs-pompiers n'aide pas à supporter toutes ces contraintes. Le Rhône est d'ailleurs premier de ce classement avec 426 agressions de pompiers volontaires et professionnels en 2015 (1939 sur l'ensemble du territoire pour la même période) selon le rapport de l'ONDRP. Certains collègues sont même accueillis avec des armes. Ce phénomène est relativement récent. Il y a 27 ans, lorsque j'ai commencé dans le métier, les pompiers ne se faisaient jamais agresser ou insulter, aujourd'hui, c'est récurent. 

« Les 8 organisations syndicales (CFDT, CGT, CFE-CGC-AS, FA/SPP-PATS, CFTC-SPASDIS, SNSPP-PATS FO, SUD, UNSA-SDIS) ont construit, depuis le 12 décembre 2016, un front uni dans le seul intérêt des agents, SPP comme PATS ». Voici le début du communiqué du 20 février dernier dans lequel nous nous réjouissions d’une position commune malgré nos divergences syndicales parfois très anciennes.

Nous construisons une unité historique dans le seul intérêt des agents des SDIS de France.

Au cours des différentes réunions, toutes les organisations syndicales, dont le SNSPP-­‐FO, ont eu toute latitude pour s’exprimer. Le cahier revendicatif, diffusé dans notre appel à manifester le 14 mars, en était la traduction consensuelle des décisions inscrites dans le compte-­‐rendu de la réunion du 26 janvier rédigé par un représentant du SNSPP-­‐FO.

Et pourtant… malgré ces réunions, malgré la liberté de parole laissée à tous les acteurs de cette intersyndicale et malgré la position unitaire pour notre grand rassemblement parisien, le président du SNSPP-FO, sous des prétextes futiles, quitte ce mouvement unitaire. Il décide de ne pas appeler ses adhérents à manifester. Au regard de la situation préoccupante des SDIS et de leurs agents, cette décision est incompréhensible.

Nous sommes navrés pour les adhérents de cette organisation syndicale de l’attitude de leur porte-paroles mais heureux de constater que de nombreuses sections SNSPP-FO maintiennent leur participation à l’action du 14 mars.

Ils ont raison et sont les bienvenus !

Unis plus que jamais, CFDT, CGT, CFE-CGC-AS, FA/SPP-PATS, CFTC-­‐SPASDIS, SUD et UNSA-

SDIS porteront les revendications des SPP et PATS de France.

 

Syndiqués ou non-syndiqués, nous vous appelons TOUS à nous rejoindre le 14 mars prochain à Paris.

Les 8 organisations syndicales (CFDT, CGT, CFE-­‐CGC-­‐AS, FA/SPP-­‐PATS, CFTC-­‐SPASDIS, SNSPP-­‐ PATS FO, SUD, UNSA-­‐SDIS) ont construit, depuis le 12 décembre 2016, un front uni dans le seul intérêt des agents, SPP comme PATS.

Les diverses réunions ont mis en avant la nécessaire et indispensable remise en cause des politiques départementales menées avec suffisance par les responsables politiques locaux soutenue par l’indifférence de nos gouvernants.

Toutes nos revendications légitimes communes doivent être portées sur Paris avec détermination, par le plus grand nombre :

 

  • Contre les politiques d’austérité.
  • Pour une meilleure reconnaissance des agents des SIS
  • Contre la baisse des effectifs dans les SIS
  • Contre la précarisation des statuts des agents des SIS
  • Pour de meilleures perspectives de carrière des agents des SIS
  • Pour un véritable secours à personnes
  • Pour la garantie d’une retraite décente pour tous les agents des SIS
  • Pour la suppression de la surcotisation sur la prime de feu des sapeurs-­‐pompiers

 

Le 14 mars, soyons nombreux dans la rue pour voir aboutir nos revendications.