A Paris, les pompiers manifestent leur «ras-le-bol»

A Paris, les pompiers manifestent leur «ras-le-bol»

Ils dénoncent une baisse des effectifs et pointent la dégradation de leurs conditions de travail…

Les pompiers professionnels tirent la sonnette d’alarme. Ils étaient entre 2.000 et 4.000 à défiler, hier à Paris, à l’appel de sept organisations syndicales sur les huit que compte la profession. « Nous sommes de plus en plus sollicités alors que nous disposons de moins en moins de personnels et de matériel », résume Jonathan, qui exerce dans le Nord depuis une quinzaine d’années. « C’est un travail que nous avons choisi mais qui est de plus compliqué à exercer », assure-t-il à 20 Minutes, tandis que ses collègues, fumigènes à la main, prennent la direction de la place de la Bastille dans un bruit assourdissant de pétards qui explosent. « Nous en avons ras le bol. »

>> Les faits: Sept syndicats appellent à manifester

Les pompiers des Services départementaux d’incendie et de secours (Sdis) pointent la diminution de la contribution de l’Etat aux collectivités territoriales qui répercutent cette baisse sur les services d’incendie et de secours. « Les budgets fondent, et les effectifs aussi », assure Jérôme François, secrétaire général de l’Unsa Sdis, en charge de la communication. « L’Etat peut essayer de faire croire que le service sera le même, mais ce n’est pas vrai », ajoute Sébastien Delavoux, de la CGT des Sdis qui dénonce « un tassement des recrutements de pompiers professionnels ».

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— Thibaut Chevillard (@TiboChevillard) 14 mars 2017

Il y avait, en 2015, 246.900 sapeurs-pompiers, selon chiffres communiqués par la Fédération nationale des sapeurs-pompiers. Parmi eux, 41.000 professionnels. Un chiffre quasiment stable depuis 2010. Entre-temps, le nombre d’événements sur lesquels ils sont intervenus a augmenté de 5,8 %, selon le ministère de l’Intérieur. « Les sapeurs-pompiers professionnels sont fatigués ! Ils sont de plus en plus nombreux à souffrir de burn-out”, poursuit Jonathan, le nordiste. Et d’ajouter : « Tout ça a un impact sur nos vies de famille. »

Des pompiers de plus en plus âgés

Conséquence du ralentissement des recrutements, la moyenne d’âge des pompiers professionnels augmente, remarque René Chabbouh, porte-parole du syndicat Lien : Sud Sdis National et pompier depuis 27 ans. « Pourtant, c’est un métier où il y a de nombreux risques physiques, notamment lorsqu’on travaille la nuit”, note Frédéric, 38 ans, venu tout spécialement de Lyon pour exprimer son « inquiétude ». « Plus on avance dans l’âge, moins on récupère facilement », note pour sa part Vincent, qui exerce depuis 13 ans en Bretagne.

 

Selon plusieurs manifestants, les pompiers volontaires remplacent de plus en plus souvent leurs collègues professionnels. « Ça coûte moins cher », souffle Frédéric. « Ils ne doivent pas jouer le rôle de variable d’ajustement, compenser l’absence de recrutement de pompiers professionnels », estime René Chabbouh. « Quand ils sont d’astreintes, ils attendent les alertes depuis chez eux. Par conséquent, ils mettent plus de temps pour intervenir sur un incendie. Ce qui laisse le temps au feu de se développer. »

« 30 minutes pour arriver sur les lieux »

Le recours aux pompiers volontaires impacte donc « la rapidité et la qualité des secours », remarque Frédéric. Vincent, le Breton, témoigne, une bière à la main : « L’autre jour, nous sommes intervenus sur un feu de maison dans une ville située à plusieurs kilomètres. Nous avons mis trente minutes pour arriver sur les lieux. Heureusement, il n’y a pas eu de conséquences. » Pourquoi un délai si long ? « Comme c’est arrivé un jour de semaine, peu de volontaires étaient mobilisables. Forcément, les gens travaillent. »

Thibaut Chevillard

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