“Nous avons besoin depuis plusieurs heures de moyens aériens renforcés et il n’y a eu pour l’instant qu’un seul canadair”, a lancé ce mardi sur notre antenne Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de la Corse. “Jusqu’à présent, les moyens aériens ont été insuffisants”, a-t-il ajouté. En Corse, 1.800 hectares ont été traversés par les flammes et, sur l’ensemble des théâtres d’opérations des pompiers dans le sud et sur l’île, 5.000 soldats du feu sont à pied d’œuvre.

Des équipements vieillissants

La question des moyens, alors que les pompiers sont sollicités au maximum et comptent beaucoup sur les appareils de leur flotte aérienne pour vaincre les incendies, s’est invitée ce mardi dans le débat. Dans la soirée, sur BFMTV, le colonel Éric Faure, président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, explique les raisons de cette insuffisance de moyens:

“En situation normale, nous avons suffisamment de moyens. Mais nous sommes confrontés depuis plusieurs années à un schéma où notre activité normale augmente sans cesse. Nous avons augmenté le nombre d’interventions de 20%. (…) Des situations qu’on qualifiait auparavant d’exceptionnelles se multiplient.”

Il a alors détaillé les difficultés matérielles auxquelles doit faire face le corps des pompiers. L’âge de la flotte arrive en tête des préoccupations: “Notre flotte aérienne vieillit. On n’a pas pris les décisions nécessaires il y a quelques années pour la renouveler. Elle doit l’être absolument puisque certains avions, les trackers, arrivent en bout de course.”

L’aide de l’Europe? 

Si on quitte le ciel des yeux, on s’aperçoit également que le parc automobile prend lui aussi de l’âge: “En ce qui concerne le matériel, ces cinq dernières années l’investissement nécessaire à l’achat des matériels a diminué de 25% donc ce sont moins de véhicules, et ceux qui restent vieillissent.” Enfin, le colonel Eric Faure a évoqué le facteur humain: “Sur le plan humain, le nombre de casernes diminue, le personnel ne progresse plus, notamment le volontariat a beaucoup diminué, on est arrivé à un plancher. Le nombre de professionnels diminue.”

Le pompier a indiqué que les choses pourraient être améliorées à l’échelon continental: “C’est tout l’intérêt d’avoir demain une force européenne d’avions de sécurité civile. C’est-à-dire des avions bombardiers d’eau susceptibles d’intervenir là où la situation le justifie. La flotte européenne permettrait de limiter les coûts, de les mutualiser entre tous les pays.”

Pas d’insuffisance matérielle selon Gérard Collomb

Prenant la parole ce mardi soir lors d’un déplacement en Haute-Corse, le ministre de l’Intérieur a lui aussi plaidé pour un secours européen, soulignant l’aide apportée par la France à certains de ses voisins les années passées. “Aujourd’hui, c’est 20 avions qui ont été mobilisés à la fois en Corse et sur le continent et nous avions demandé à nos collègues italiens de pouvoir nous envoyer un canadair supplémentaire (…).” 

Pour le reste, Gérard Collomb écarte les critiques sur un manque supposé de moyens, incriminant les conditions atmosphériques pour expliquer la propagation des feux de forêts:

“Là où le feu s’est développé, c’était évidemment pendant la nuit comme on l’a expliqué tout à l’heure, c’est-à-dire à un moment donné où les avions ne peuvent pas voler. Donc ce n’est pas l’insuffisance du nombre d’avions qui est en cause, c’est évidemment le fait que ce feu ait pris à un moment donné où on ne pouvait plus lutter avec les moyens nécessaires par rapport à ce sinistre qui a pris une ampleur tout à fait considérable.”

Six Dash 8 supplémentaires

Gérard Collomb a ensuite ajouté: “Nous avons une flotte qui est aujourd’hui suffisante en France mais qui doit évidemment faire l’objet à chaque fois d’un entretien dès qu’elle revient à terre.” Le ministre de l’Intérieur a joint l’exemple à ce tableau général brossé par ses soins: “Pour donner une petite idée, l’an dernier à la même époque, nous avions fait 2.000 largages d’eau, là nous en sommes à 4.000. Et ça veut dire que les avions sont mis à rude épreuve, les pilotes aussi.”

Pour autant, et lors de ce même point-presse, le ministre a annoncé un accroissement du nombre d’appareils à disposition de la lutte contre les incendies: “Mais pour ce qui concerne les moyens de la protection civile, nous savons qu’il faut les renforcer encore et donc dans arbitrages budgétaires j’ai obtenu que pour la protection civile nous puissions avoir dans les prochaines années six Dash 8 supplémentaires.” Si commande a été passée, il reste cependant à construire ces avions, a-t-il rappelé.