Castagniers (Alpes-Maritimes), lundi. Les flammes ont ravagé 120 ha. MAXPPP/EPA/SEBASTIEN NOGIER

Les experts s’attendent à une multiplication des incendies cet été, mais aussi dans les années qui viennent à cause du réchauffement.

Jamais,depuis l’été caniculaire de 2003, la France n’a autant redouté une vague de feux de forêt. Après la disparition de centaines d’hectares dans les Bouches-du-Rhône et les Pyrénées-Orientales ce week-end, c’est au tour de massifs aux portes de Nice (Alpes-Maritimes) d’être la proie des flammes depuis lundi. Le climat est propice à l’embrasement qui touche aussi le Portugal, l’Italie, la Croatie... : fortes chaleurs, vent, sols asséchés et absence totale de pluie. Les soldats du feu sont sur le qui- vive. Sans eux, les paysages auraient été encore plus noircis. « 95 % des sinistres forestiers sont neutralisés avant d’atteindre un hectare », évalue le colonel Grégory Allione, vice- président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers. Inventeur, dès 1962, du « guet aérien » qui permet, lors de patrouilles aux commandes de bombardiers d’eau, de neutraliser le moindre foyer naissant, l’Hexagone est l’un des pays les plus efficaces au monde. C’est plutôt en amont, dans la prévention, qu’on a de sérieux progrès à faire.

 

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Débroussaillement insuffisant

Pour éviter la propagation du feu mais aussi pour protéger les maisons, la loi oblige les particuliers à débroussailler dans un périmètre d’au moins 50 m autour de leur habitation. « Mais beaucoup ne la respectent pas, ils savent qu’il y a très peu de sanctions », regrette Francis Cros, président des Communes forestières de l’Hérault et de l’Occitanie. La prise de conscience passe notamment par une hausse des contrôles initiés par le préfet. Autre maillon faible : l’entretien (à la charge de l’Etat, des départements ou des communes) des pistes qui facilitent l’intervention des secours.

 

À quand une campagne à la télé ?

La prévention auprès du grand public est nettement améliorable. Car si, dans les stations balnéaires, des messages de sensibilisation sont régulièrement destinés aux touristes, il n’existe pas de véritable campagne nationale à la télévision visant les « urbains ». Or, plus de 70 % des incendies sont d’origine accidentelle, provoqués par l’imprudence ou l’inconscience humaine. « Il faut arriver à faire comprendre aux citoyens que le feu de forêt n’est pas une fatalité », martèle Pierre Macé, à la tête de l’association Défense des forêts contre l’incendie Aquitaine.

 

Des maisons trop près des bois

La réduction des surfaces agricoles a conduit à construire tout près des domaines forestiers. « C’est oublier que lorsqu’il y a un incendie, la forêt devient un monstre tueur », rappelle Hervé Le Bouler, responsable des questions forestières à l’association France Nature Environnement. Selon lui, « les règles d’urbanisme sont trop tolérantes par rapport au nouveau contexte de changement climatique.On devrait imposer une zone tampon entre l’espace qui peut brûler et l’habitation ».

 

Bientôt d’autres régions touchées

En France, 80 % des feux de forêt interviennent dans le bassin méditerranéen et le massif landais. Mais avec le réchauffement climatique, de nouveaux départements peuvent voir leurs arbres réduits en cendres. « Le sud du Massif central, l’Ardèche, la Drôme… » recense Alain Lesturger, directeur général de la Fédération nationale des communes forestières. « On a beaucoup parlé du littoral, mais il y a aussi un risque dans les terres, notamment en région Centre. C’est une donnée émergente prise très au sérieux », estime Alexis Hachette, du Syndicat national des personnels techniques forestiers-FO. Dans ces nouvelles zones, le matériel d’intervention, la réactivité et la culture du risque restent moindres, même si de gros efforts ont été réalisés.

Préparer l’avenir d’urgence

Pour Hervé Le Bouler, de France Nature Environnement, « ce n’est pas le moment de baisser la garde ». Car de nouveaux foyers pourraient s’enflammer dans une vingtaine d’années, « en Sologne, en forêt de Fontainebleau… ». « Il ne faut surtout pas s’attaquer aux moyens financiers de la sécurité civile en rognant sur les dépenses publiques », martèle-t-il. Les pompiers des futures régions concernées se préparent en allant épauler leurs camarades dans le Sud. « Cela contribue à leur formation et à leur entraînement. S’ils devaient être confrontés sur leurs terres aux incendies, ils sauront faire face », positive le colonel Allione.
 

QUESTION DU JOUR. Craignez-vous un grand nombre d’incendies de forêt cet été ?

 

  Le Parisien