Pompier, je fais grève : nos conditions de travail nous mettent en danger. Et vous aussi

Pompier, je fais grève : nos conditions de travail nous mettent en danger. Et vous aussi

LE PLUS. Sept syndicats de sapeurs-pompiers ont appelé à faire grève et à manifester à Paris ce mardi 14 mars. Ils dénoncent notamment une baisse des effectifs et des budgets qui leurs sont alloués. Témoignage de l'un deux, Thierry Foltier, également représentant de la fédération CFDT-Interco Sapeurs-pompiers.

Sapeur-pompier depuis 1981, à Paris puis dans le Cher, je manifeste ce jour pour dénoncer nos conditions de travail, qui ne cessent de se dégrader.

Au quotidien, travailler décemment devient de plus en plus difficile. Nous nous demandons si les élus ont conscience de la tournure des événements. Nous ne subissons pas encore des burn-outs généralisés, comme dans les hôpitaux par exemple, mais de plus en plus de collègues craquent. Si cela continue, nous ne pourrons bientôt plus assurer nos missions.

Une baisse à la fois des budgets et des effectifs

Depuis le 12 décembre 2016, nous nous sommes réunis en intersyndicale pour recenser toutes les difficultés. Le constat est unanime : avec les politiques d’austérité, nous n’avons plus de réelles garanties de financement des services départementaux d’incendie et secours (SDIS). Les budgets alloués à ces derniers proviennent majoritairement des conseils départementaux, des intercommunalité et des communes. Or nous subissons, depuis les élections cantonales, à la fois une baisse des financements et des effectifs.

En parallèle, nous constatons une nette augmentation des interventions, ainsi qu’un vieillissement des matériels et une mutualisation de services dans de nombreux départements. Conséquences : des postes sont supprimés et départs à la retraite non remplacés. 

Dans mon département, nous avons eu dans un premier temps neuf postes gelés suite à des mouvements locaux. Seuls cinq ont été réouverts depuis.

Nous avons par ailleurs perdu pas mal de pompiers volontaires. Aujourd’hui, on les sollicite un peu plus, mais eux aussi commencent à en avoir marre. Les jeunes restent un an ou deux et partent quand ils trouvent un autre travail.

Tous ces éléments font que souffrons aujourd’hui d'un profond manque de reconnaissance et que nous ne sommes plus en mesure d’intervenir de manière efficace.

Des interventions qui se font dans l'insécurité

Il n’est pas rare, désormais, de voir des fourgons d’incendie partir avec quatre personnes à bord, alors que le mode opératoire que nous devons respecter nous impose d’être six. Lors d’un incendie, l’équipe doit en effet être composée d’un conducteur, d’un chef d’agrès et de deux binômes. Lorsqu’un binôme s’engage dans un appartement en feu, nous devons ainsi systématiquement disposer de ce que nous appelons un "binôme de sécurité", capable de prendre la relève. 

Or aujourd’hui, quand vous partez à quatre, il n’y a plus de binôme de sécurité pour le seconder si besoin. Cela peut, en conséquence, occasionner une mise en danger, à la fois pour les personnes secourues et les pompiers. Des collègues se sont déjà vraiment sentis en insécurité et partent presque la peur au ventre quand l’engin n’est pas complet.

Des permanences de 24 heures payées 16 heures

Nous travaillons de nuit, le week-end, les jours fériés, dans des conditions déjà pas évidentes. À titre d’exemple, nous pouvons être à disposition de notre employeur pendant 24 heures continues mais n’être payés que 16-18 heures en fonction des départements. De ce point de vue-là, c’est l’anarchie.

Une journée type commence pour nous à 7h. Jusqu’à 8h, nous vérifions le matériel, puis de 8h à 9h30, nous faisons du sport obligatoire. Nous reprenons à 10h avec la manœuvre de la garde : nous répétons les gestes de secourisme, de sauvetage… À 14h, nous réalisons des rapports et des tâches au niveau des casernes, et ce jusqu’à 17h30.

À 17h30 débute notre deuxième journée : nous assurons alors des interventions jusqu’au lendemain matin. Même si chaque permanence de 24 heures est suivie d’un repos équivalent, nous dépassons souvent largement les 2256 heures réglementaires de travail par an.

Aujourd’hui, nous demandons simplement les moyens, humains et financiers, d’assurer nos missions correctement.

Par 
Sapeur-pompier

 

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